Son interview :
1) Est-ce que ce changement de forme va de paire avec un changement de fond?
Je pense que la forme est toujours structurante, donc oui.
Passer au tabloïd va bouleverser le contenu du journal.
Mais quand je dis bouleverser, les fidèles lecteurs du journal vont y retrouver leurs petits puisque rien ne va fondamentalement changer. Le chemin de fer reste le même.
En revanche, il y aura plus de couleurs, plus de rubriques et on espère bien évidemment attirer de nouveaux lecteurs qui jusque là n'étaient pas franchement branchés sur la Nouvelle République.
2) Sur le format en tout cas. Dans l'édito de ce matin que vous avez signé, vous l'avez très clairement expliqué. C'est une grande page qui se tourne dans l'histoire du quotidien. C'était important de passer le cap comme beaucoup d'autres journaux? Je rappelle que ce format est né en Grande-Bretagne et qu'il est utilisé pour les journaux gratuits. Pour vous, c'était important de vous orienter dans ce format?
C'est une révolution pour la communauté NR tant sur le plan rédactionnel, commercial qu'industriel parce que ce n'est pas facile de passer du grand format au format tabloïd. Il ne s'agit pas simplement de déverser un contenu qui existe dans un contenant qui est à créer. Il s'agit donc de réfléchir à ce qu'on va mettre dans ce nouveau format, écrire plus court, à faire un petit peu ce que tout le monde fait aujourd'hui c'est-à-dire à accepter l'idée que les lecteurs zappent comme ils zappent à la télé, ce n'est pas à vous que je vais expliquer ça, mais c'est vrai que c'était une volonté, une chose que les lecteurs nous demandaient depuis longtemps, ne serait-ce que, vous l'avez dit en introduction, la NR était difficile à lire et qu'il valait mieux avoir une table sous la main pour déplier le journal.
3) Vous nous parlez de raison technique et pratique. Il y a aussi des raisons financières dans ce changement. Vous espérez trouver de nouveaux lecteurs, essayer de fidéliser plus d'abonnés qui ont tendance à partir?
On va pas se cacher la vérité. C'est vrai que la presse et la NR n'y font pas exception. La presse connaît depuis de nombreuses années une désaffection pour la lecture. Ce qui fait que les courbes de diffusion baissent lentement mais régulièrement. Il fallait donc moderniser le contenu. C'est ce qu'on a essayé de faire tout au long de ces 18 mois de travail avec plus de 60 groupes de travail. On a investi également sur le plan industriel du tout couleur, c'est un investissement lourd (5,5 millions d'euros tout de même) qui sont partiellement financés par le fond de modernisation de la presse. Ce sont 2 outils qui vont nous permettre d'augmenter note capacité couleur. Donc c'est bien pour le lecteur. C'est également bien pour l'annonceur. Le passage au format tabloïd est un défi en terme rédactionnel mais aussi en terme commercial puisque nous espérons attirer de nouveaux annonceurs tous les jours.
4) C'est un coût important. Demain matin, il faut que les ventes décollent. Il y aura un tirage plus important pour cette première édition?
C'est comme pour un produit. Il y aura un effet de surprise. Non seulement mais je l'espère. Je le souhaite. Comme la communauté NR y a mis beaucoup de cœur, beaucoup d'énergie, je pense que ce nouveau journal, comme je vous le disais, restera séduisant pour ceux qui aimaient l'ancienne Nouvelle République (grand format) et je pense que le passage au tabloïd tant parce que la forme va évoluer, va se moderniser, que par son fond avec davantage de rubriques et de couleurs, d'infographie et de photos, je pense qu'elle sera susceptible de plaire à davantage de personnes.
5) Il y a moins de 2 ans, vous avez fait le test du format tabloïd avec la Nouvelle République du dimanche (la NRD) qui est sortie en novembre 2006. Comment se situent les ventes (aux alentours de 40 000 par dimanche)? C'est un peu en-deçà de vos espérances?
Pour tout vous dire, c'est un peu moins de 40 000. Nous espérions vendre 40 000 exemplaires par dimanche. Je pense que le problème de la distribution le dimanche, de l'ouverture des points de vente en particulier, puisque la NRD est principalement vendue dans des points de vente, fait que nous n'atteignons pas ces 40 000 pour le moment. Nous sommes plutôt autour de 32-33 000 exemplaires. On grimpe mais plus lentement qu'on l'espérait. La NRD a été une sorte de laboratoire pour nous puisqu'elle est au format tabloïd et qu'on a pu, grâce à cet exercice hebdomadaire, s'habituer à écrire plus court et à maîtriser les aspects techniques du format tabloïd.
6) Pour les ventes de demain matin, toutes les personnes qui vont être intéressées pour lire le tabloïd, il faudra les fidéliser et les conserver dans les années à venir?
On a lancé l'affichage à Tours et sur toutes les zones de diffusion une grande campagne de promotion. On a mis en place toute une série d'actions de marketing, de communication pour que les gens se rendent compte, je pense qu'ils le feront par eux-mêmes, que c'est un nouveau journal, qu'il est plus moderne, plus concentré et plus coloré.